J Vidal-Beneyto

Paco Ibáñez a été l’un des symboles de la volonté de rupture avec la société conformiste du franquisme. Son indépendance radicale est aujourd’hui une référence pour récupérer l’espoir en la démocratie.

Paco n’est pas seulement le cri de rupture contre le bâillon franquiste, il n’est pas seulement le non conformiste marginal qui se déclare incompatible avec cette civilisation de l’argent et du privilège, mais son combat mené contre la dictature va de pair avec la lecture la plus fervente et intime de l’amour dans la poésie espagnole.

Véhémence et radicalité dans la revendication de la liberté accompagnée de la manifestation la plus émouvante de la tendresse, de l’amitié, de la dignité personnelle et collective, de la passion amoureuse chez bon nombre de nos plus grands poètes : Góngora, Jorge Manrique, Quevedo, Neruda, Lorca, Alberti, Machado, León Felipe, Cernuda, Nicolás Guillén, Celaya, Miguel Hernández, José Agustín Goytisolo...

Mais Paco est, comme la plupart d’entre nous, un péninsulaire multilingue, pour qui le castillan n’épuise pas sa réalité linguistique et c’est la raison pour laquelle il parle, et surtout, chante aussi Espriu en catalan, Cesare Pavese en basque avec Heriotzaren Begiak, García Teixeiro en galicien.

Sans oublier nos voisins les plus immédiats, les Français Aragon, Ronsard, Brassens; les Italiens, dans cette extraordinaire expression traditionnelle du XIXe siècle qu’est la chanson Quando l’alber comincia a fiorire.

Paco Ibáñez est un artiste total, qui a vécu, tout au long de sa carrière artistique, en symbiose, en simultanéité artistique globale, avec tous les arts.

Par exemple, sa relation avec la création plastique, il a voulu la mettre en scène, en associant à ses concerts ses amis peintres, grâce à la projection de certaines de leurs compositions réalisées pour célébrer ses chansons. Et c’est ainsi que lorsque Dalí entend en 1958 un disque de Paco Ibáñez et veut connaître l’auteur, surgit l’idée de s’associer dans la création et que le peintre illustre la couverture du disque La canción del jinete.

Puis viendront dans cette ligne de collaboration entre chanson et peinture, Saura dans A galopar; Corneille dans La romería; Ortega dans : ¿Qué ocorre na terra ?; Manessier dans La poesía es un arma cargada de futuro; Guinovart dans Es amarga la verdad; Amat dans le Romance de la luna, luna; Soto pour Vasija de barro, etc..

Mais Paco a aussi été un promoteur infatigable et permanent de la culture espagnole dans le monde. Depuis le moment où en 1966 il fonde à Paris avec d’autres amis La Carraca, plate-forme ouverte à tous, où sont organisées des représentations théâtrales, des concerts et des projections cinématographiques, des expositions, des livres et des colloques littéraires, l’action culturelle espagnole qui surgit avec Paco Ibáñez est impressionnante, même si personne ne le lui en a été reconnaissant comme il se doit.

Il est évident que Paco Ibáñez non seulement n’a pas été au devant des reconnaissances, mais au contraire il les a repoussées. En 1983, Jack Lang, ministre de la Culture de François Mitterrand, lui accorde la Médaille des Arts et des Lettres pour sa contribution à l’affirmation des Arts et à la liberté des peuples. Mais Paco la refuse, comme il le fait aussi quatre ans plus tard lorsqu’en 1987 le ministre français insiste avec la même proposition, il la refuse à nouveau, car il ne veut pas perdre son indépendance face à toute sorte de pouvoirs, auxquels on cède si l’on accepte un prix. Pouvoirs, non seulement publics, mais toute catégorie de pouvoirs sociaux, ce qui l’amène à refuser en 1998 le Prix Gerald Brenan de la Société culturelle Andalouse-Allemande, pour son indépendance radicale et son action en faveur de la liberté et de la poésie.

Cette indépendance radicale que j’ose qualifier de paradigmatique est maintenant capitale pour nous rendre les espoirs en la démocratie espagnole; des comportements comme celui de Paco Ibáñez sont essentiels.

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